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« Seulement la fanfare militaire »
par Oscar Arias*


12 mars 2004

La semaine dernière, le dirigeant rebelle haïtien Guy Philippe a déclaré à Port au Prince qu’il était le maître du pays car il était son chef militaire. Cette affirmation illustre bien pourquoi Haïti n’a pas besoin d’une armée.
Celle-ci avait été abolie il y a neuf ans pendant la transition démocratique. Historiquement, l’armée avait été l’outil des régimes autoritaires haïtiens pour priver la population de ses droits fondamentaux. Les Haïtiens ont été terrorisés par la violence des militaires. À la fin des années 80, l’armée absorbait 40 % du budget national alors que la population était durement touchée par le sida et la famine. Le coup d’État de 1991 contre Aristide a été la preuve définitive du rôle prédateur de l’armée.
En 1994, l’armée fut réduite à 1500 membres, mais elle continuait à rester une menace. Jean-Bertrand Aristide m’a affirmé qu’il hésitait à suivre mon conseil de la dissoudre car il ne savait pas s’il serait soutenu par la population. Il s’y décida cependant en 1995 après qu’un sondage démontre que 62 % de la population y était favorable et quel seul 12 % s’y opposait. En 1995, il était fier de m’annoncer qu’il ne restait plus de l’armée que sa fanfare.
Après cette décision de dissoudre l’armée, il fallait désarmer la population, mais cela nécessitait une aide internationale qu’Haïti ne reçut jamais. Après les élections controversées de 2000, Haïti fut même privé de toute aide internationale, ce qui plongea le pays dans la ruine. Finalement, subissant les attaques de rebelles basés en République dominicaine, Aristide créa ses propres gangs qui s’attaquèrent vite aux manifestants pacifiques et aux étudiants.
Haïti n’a pas besoin d’une armée, mais d’une police dépolitisée. Ce n’est pas une utopie et le Costa Rica en est la preuve depuis 56 ans. Toutefois, aucun président ne peut dissoudre son armée seul. Dans le cas d’Haïti, non seulement le président n’a pas reçu d’aide, mais en plus les escadrons de la mort ont été soutenus par la France et les États-Unis. Si la communauté internationale aide les rebelles à restaurer l’armée, cela détruira les bases de paix et d’auto-gouvernement mis en place par les Haïtiens.

 Oscar Arias

Oscar Arias est ancien président du Costa-Rica et Prix Nobel de la paix en 1987 pour son plan de paix en Amérique centrale. Il est le fondateur de la Fondation Arias pour la paix et le progrès humain.




voltaire source #Washington Post (États-Unis)

Quotidien correspondant à l’hebdomadaire Newsweek.





« Only the Marching Band », par Oscar Arias, Washington Post, 12 mars 2004.

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