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« Après le génocide du Rwanda, la mémoire ne suffit pas »
par Gareth Evans*, Stephen Ellis*


23 avril 2004

Beaucoup a été dit sur le génocide rwandais de 1994, mais il faudra plus que des souvenirs pour éviter le prochain génocide. L’Afrique est le continent qui nécessite le plus de vigilance car l’idéologie qui a conduit au génocide au Rwanda n’y a pas disparu du fait du manque de réaction face aux exactions. La communauté internationale doit être mieux préparée à répondre à ces situations quand elles deviennent explosives.
Il faut avant tout combattre les idées reçues naturellement répandues dans un monde où tant de gens ont dû se battre contre le colonialisme, et rappeler que la souveraineté des États n’est pas un permis de tuer. Elle implique la responsabilité de protéger son peuple et si on renonce à cette responsabilité, elle revient à la communauté internationale. Il faut sortir de la controverse sur le « droit d’ingérence » pour adopter la problématique de la « responsabilité de protéger », concept développé par la Commission internationale de l’intervention et de la souveraineté des États. Il s’agit d’une idée qui fait son chemin.
Autre problème, les effectifs militaires disponibles de l’ONU sont insuffisants et les États n’assument pas leur part de responsabilité. Seuls des pays ou des coalitions compétentes peuvent faire respecter la paix. Une telle force manque à l’Afrique et les missions de maintien de la paix reviennent aux États-Unis et à l’Europe. Avec l’opération Artémis, la France a empêché un génocide et a démontré qu’une mission de paix était possible en dehors de l’OTAN. L’engagement français a cependant été trop court. Il faut résoudre le dilemme des interventions en Afrique subsaharienne où les grandes puissances ont les moyens, mais pas la volonté d’intervenir. C’est pourquoi il faut soutenir l’aide de l’Union européenne de 300 millions de dollars visant à financer cinq brigades régionales multinationales de maintien de la paix en Afrique.

 Gareth Evans

Professeur de sciences politiques à l’université de Melbourne. Homme politique travailliste, ill fut sénateur, député, attorney general, et ministre des Affaires étrangères d’Australie (1988-96). Il a également été président de Conflict Resolution et de l’International Crisis Group.À la demande du gouvernement canadien, il a co-présidé l’International Commission on Intervention and State Sovereignty (2000-01) et à la demande du secrétaire général de l’ONU, il a participé au Panel on Threats, Challenges and Change (2004).




Stephen Ellis

Stephen Ellis est directeur du programme africain de l’International Crisis Group.




voltaire source #Le Monde (France)

Diffusé à 400 000 exemplaires, Le Monde est le quotidien phare d’un vaste groupe de presse français comprenant des quotidiens régionaux (Le Midi libre, L’Aveyronnais, etc.), des revues catholiques (Télérama, la Vie, Le Monde des religions, etc.), des revues culturelles (Notre histoire, Les Cahiers du cinéma, etc.), des publications pour le jeunesse (Papoum, P’tites princesses, etc.) et des revues de politique étrangère (Le Monde diplomatique, Courrier international).





« Après le génocide du Rwanda, la mémoire ne suffit pas », par Gareth Evans et Stephen Ellis, Le Monde, 23 avril 2004.

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